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La Vie Corrézienne

Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /2007 12:10

C’est une histoire véridique, que je voudrais vous raconter et, bien qu’elle soit très ancienne, il me semble qu’elle est toujours d’actualité puisqu’elle parle de fraternité et d’amitié, des valeurs qui ont été plus fortes que la guerre et la haine.

Cela se passait en Algérie en 1871, près du petit port de Dellys. Après la défaite de la France, par les armées prussiennes, des tribus algériennes avaient repris le combat contre les français pour retrouver leur indépendance et les actes meurtriers et horribles se succédaient de part et d’autre

Un de mes ancêtres (le grand-père de la grand-mère de ma grand-mère paternelle) se trouva un soir enfermé dans l’église du village avec une grande partie de la population. N’ayant plus de munitions et le bâtiment étant en flammes, il tenta de s’enfuir à la faveur de la nuit et de la fumée. Il réussit et se réfugia dans la campagne où il erra plusieurs jours en sa cachant, trouvant à peine de quoi manger pour ne pas mourir de faim. Un soir, à bout de force, il resta à demi évanoui sur le chemin alors que s’approchait un cheval au galop.

« C’est toi, Monsieur A., je te croyais mort avec les autres dans l’église en feu, et j’en avais de la peine car tu as toujours été un homme juste et bon. Viens, je vais t’aider ». Très respecté de tous, il fit monter l’aïeul sur son cheval en le dissimulant sous son grand burnous de Marabout.

Arrivé dans son camp, il le conduit sous une de ses tentes, celle de ses femmes. : « Tu es mon prisonnier, personne ne viendra te chercher là. Mes femmes vont te soigner et te donner à manger ».

Mon aïeul vécut là de longues semaines, assis sur les beaux tapis qui recouvraient le sol de la tente, nourri de lait de chèvre et de semoule. Il pensait sans cesse avec angoisse à sa femme, à ces cinq grandes filles, à son petit garçon de santé si fragile, réfugiés à Dellys et qui devaient le croire mort. Parfois, il suppliait le Marabout « Laisse moi partir, je t’en prie. Non répondait invariablement le Marabout, sois raisonnable, tu serais tué à coup sûr si je te laissais partir ».

Un jour enfin, le Marabout réveilla sans bruit mon aïeul. C’était le petit matin. « C’est fini pour nous, dit-il, la bataille est perdue. Vos enfants sont arrivés par la mer. Je te rends ta liberté. Voici mon meilleur cheval et mon manteau de Marabout. Il te protégera d’une attaque des nôtres. Pars, pars vite et ne m’oublie pas car je t’ai sauvé la vie.

« Je ne t’oublierais jamais » et l’aïeul s’éloignant au grand galop. Traversant à toute allure le pays dévasté par la guerre, qu’heureusement il connaissait bien, il arriva enfin à Dellys.

Lorsqu’il franchit le seuil de sa maison ce fut une immense joie, une intense émotion, si intense, que le cœur du petit Louis, son unique fils, ne le supporta pas.

Papa, papa, tu es revenu…et il mourut de joie dans les bras de son père épouvanté.

A quelque temps de là, mon ancêtre apprit que la révolte ayant été écrasée,   le Marabout avait été jeté en prison avec plusieurs chefs de la rébellion et qu’ils allaient tous être fusillés. Il demanda audience à l’Amiral de G., Gouverneur Général de l’Algérie, qui se trouvait à Dellys.

« Monsieur le Gouverneur, je viens vous demander  la grâce de mon ami, le Marabout B., qui m’a sauvé la vie. Il expliqua les circonstances. « Faites venir les prisonniers », commanda le Gouverneur. Ils étaient une dizaine. Lorsque mon aïeul aperçut le Marabout, il se jeta dans ses bras, et ils s’étreignirent longuement. Lui déployant le manteau du Marabout, qu’il tenait plié sur son bras, il lui en couvrit les épaules.

« A la demande de Monsieur A. et au nom de la France, je vous fais grâce, Marabout B., car vous avez mis la générosité et l’amitié plutôt que la vengeance et la mort. Et j’accorde aussi la grâce à tous vos compagnons. »

La paix revint dans le pays pendant de longues années. L’église fut reconstruite. On sema à nouveau du blé, on replanta les oranges et les oliviers et l’amitié du Marabout et de Luis A. dura pendant toute leur vie.

J’aime beaucoup entendre ma grand-mère raconter cette histoire dans les réunions de famille, car elle prouve qu’il peut y avoir de si belles choses dans le cœur de chacun d’entre nous.

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Commentaires

vraiment très beau temoignage qui m a levé le coeur, merci de nous l'avoir raconté


 

Commentaire n°1 posté par céline le 24/01/2007 à 19h40

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