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La Vie Corrézienne

Témoignages

Mercredi 4 octobre 2006 3 04 /10 /2006 00:19

J’habite à Marrakech au Maroc et je voudrais vous raconter une histoire qui m’a beaucoup fait réfléchir et comprendre des choses.

 

Mon grand oncle m’invite quelquefois au café sur la grande avenue de Marrakech qui s’appelle l’avenue Mohamed V, surtout si j’ai une bonne note dans la semaine.

 

Au mois de mars dernier, nous étions tous les deux sur la terrasse d’un café, je mangeais ma glace et mon oncle lisait son journal, et puis nous avons vu arriver un jeune monsieur sur une chaise roulante, il n’avait pas de jambes à partir des genoux. J’ai demandé à mon oncle pourquoi ce monsieur n’avait pas de jambes, et mon oncle m’a répondu que dans la vie, les malheurs risquent d’arriver et que  cet homme avait peut être eu le malheur d’avoir un accident qui lui a fait perdre ses deux jambes.

 

Le jeune homme  passait avec une très grande agilité avec sa chaise roulante entre les tables du café, il s’est arrêté devant nous et  nous a fait un grand sourire et il a tendu la main à mon oncle qui lui a donné des pièces, puis il a demandé aux autres gens à coté de nous, et toujours avec un grand sourire, après il s’est un peu éloigné avec sa chaise roulante.

 

Juste après, nous avons vu un homme âgé qui venait dans notre direction en battant de son bâton le bord du trottoir (les aveugles au Maroc n’ont pas des bâtons blancs comme chez vous, mais des bâtons normaux) 

 

C’est à ce moment que nous avons assisté mon oncle et moi à quelque chose d’extraordinaire :

 

Le jeune homme qui était sur la chaise roulante et qui n’avait pas de jambes, s’est approché de l’aveugle qui marchait tout en tapant du trottoir et en tendant la main pour demander l’aumône, et il s’est arrêté à côté de lui et lui donné un peu de l’argent que les gens lui ont donné dans le café !

 

Mon oncle m’a fait remarquer ce geste et m’a dit : « regardes, cet homme qui est jeune et qui n’a pas de jambes, il estime que le vieux monsieur aveugle est encore plus malheureux que lui, et c’est pour cela qu’il lui a donné l’argent ! »

 

Quand on est triste et qu’on sent qu’on est très malheureux, il faut toujours penser qu’il y a des gens encore plus malheureux que nous !

 

Nous avons beaucoup parlé de cette histoire et nous l’avons racontée à mes cousins et à toute la famille. 

 

Depuis, je ne peux plus être malheureuse parce que je pense qu’il y a des gens qui n’ont pas la chance que j’ai dans la vie

 

J’espère que cette histoire à laquelle j’ai assisté vous intéressera et vous fera réfléchir comme moi

 

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Mardi 10 octobre 2006 2 10 /10 /2006 23:34

L’histoire que je vais raconter pourrait sembler plutôt banale. En effet, elle s’est déroulée près de mon collège et n’est ni héroïque, ni extraordinaire. C’est un acte de politesse qui paraît des plus simple, et pourtant, venant d’une collégienne de 15 ans, il m’a particulièrement marqué.

J’étais dans un bus où tout le monde était serré et même archi serré. Tout de suite, j’ai repéré la fille en question : c’était une jeune camarade que j’appellerai ici Laetitia pour ne pas dévoiler son identité. Elle venait de mon collège et elle était considérée par la plupart des autres comme assez médiocre en classe. Je la connaissais bien car on avait travaillé ensemble dans un projet où j’avais pu découvrir ce qu’elle valait. Elle n’était pas dénuée de qualités, mais c’était une fille que tout paraissait ennuyer et qui était finalement peu attirante.

Une dame âgée d’environ soixante dix ans, accompagnée de son petit chien et traînant son caddie derrière elle, rentra dans le bus, prit son ticket et se dirigea vers l’allée en cherchant désespérément une place libre où elle pourrait s’asseoir et se reposer. Elle s’avança et vit la fille assise sur un des sièges avec son cartable sur les genoux. Elle revenait du collège.

C’est alors que l’étudiante, Laetitia, se leva, et lui demanda d’une voix très gracieuse et très douce : « voulez-vous ma place ? ». Et là, à ce moment, j’eus le souffle coupé. Sur le moment, je me demandais si je n’avais pas rêvé. Alors, Laetitia se leva, prit son sac et laissa sa place à la dame. Je restai pendant au moins deux minutes bouche bée et puis me demandai : « mais comment, avec un caractère pareil, a-t-elle pu, avec autant de grâce et  de distinction, donner sa place : c’était tellement incroyable ! » Tout de suite, je la vis sous un autre angle. Elle s’intéressait donc aux autres et plus particulièrement à ceux qui avaient besoin d’aide !

En partant, elle me fit un signe pour me dire au revoir. Je me dis, à ce même instant, que je ne jugerai plus jamais personne sur son physique ou  sur son comportement apparent dans le collège. Il y avait toute une part de Laetitia qui ne se montrait pas habituellement, quelque chose de doux, de tendre qui ne pouvait peut-être pas s’exprimer entre les murs du collège.

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Vendredi 13 octobre 2006 5 13 /10 /2006 08:20

Il s'agit d'une histoire vrai qui s'est passée à Yaoundé au Cameroun. Un samedi après midi, au quartier EKOUNOU, le bébé des voisins est tombé dans une latrine de 5 mètres de profondeur. Tout le quartier est sorti mais il n'y avait personne pour descendre récupérer le bébé qui continuait de pleurer et pousser des cris à l'intérieur. Même les propres parents du bébé n'avaient le courage d'aller chercher leur enfant.

Après trente minutes, un jeune garçon qui passait pour aller jouer au football, qui n'était pas du quartier et qui ne connaissait même pas cette famille a vu l'attroupement et s'est arrêter pour voir.

Une fois au courant de l'accident, avec les cris du bébé, le jeune garçon décide de descendre chercher le bébé au fond de la latrine. Il demanda une corde solide qu'il a attachée à ses reins et l'autre bout à un arbuste.

Au bout de 20 minutes environ, il est ressorti avec le bébé couvert de déchets ainsi que lui-même. Ils se sont dirigé immédiatement à l'hôpital avec le bébé et le jeune garçon.  

Depuis ce jour, ce garçon a été adopté dans cette famille.

Merci de m'avoir suivi.

Esther - YAOUNDE -CAMEROUN  

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Jeudi 21 décembre 2006 4 21 /12 /2006 14:00

Les dix lauréats, par ordre alphabétique, sont :

 

Maëva Amelot 

 

Bertrand Cochard

 

Justine Hautot

 

Josiane Kerscaven 

 

  Agathe Leboeuf  

 

Omarova Maryat 

 

Ahmed Mil 

 

Jean-Pierre Pertus 

 

Anna Vadillo 

 

Rodolphe Wojtkowiak 

 

Le classement sera affiché dans les jours à venir.

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Mercredi 24 janvier 2007 3 24 /01 /2007 12:10

C’est une histoire véridique, que je voudrais vous raconter et, bien qu’elle soit très ancienne, il me semble qu’elle est toujours d’actualité puisqu’elle parle de fraternité et d’amitié, des valeurs qui ont été plus fortes que la guerre et la haine.

Cela se passait en Algérie en 1871, près du petit port de Dellys. Après la défaite de la France, par les armées prussiennes, des tribus algériennes avaient repris le combat contre les français pour retrouver leur indépendance et les actes meurtriers et horribles se succédaient de part et d’autre

Un de mes ancêtres (le grand-père de la grand-mère de ma grand-mère paternelle) se trouva un soir enfermé dans l’église du village avec une grande partie de la population. N’ayant plus de munitions et le bâtiment étant en flammes, il tenta de s’enfuir à la faveur de la nuit et de la fumée. Il réussit et se réfugia dans la campagne où il erra plusieurs jours en sa cachant, trouvant à peine de quoi manger pour ne pas mourir de faim. Un soir, à bout de force, il resta à demi évanoui sur le chemin alors que s’approchait un cheval au galop.

« C’est toi, Monsieur A., je te croyais mort avec les autres dans l’église en feu, et j’en avais de la peine car tu as toujours été un homme juste et bon. Viens, je vais t’aider ». Très respecté de tous, il fit monter l’aïeul sur son cheval en le dissimulant sous son grand burnous de Marabout.

Arrivé dans son camp, il le conduit sous une de ses tentes, celle de ses femmes. : « Tu es mon prisonnier, personne ne viendra te chercher là. Mes femmes vont te soigner et te donner à manger ».

Mon aïeul vécut là de longues semaines, assis sur les beaux tapis qui recouvraient le sol de la tente, nourri de lait de chèvre et de semoule. Il pensait sans cesse avec angoisse à sa femme, à ces cinq grandes filles, à son petit garçon de santé si fragile, réfugiés à Dellys et qui devaient le croire mort. Parfois, il suppliait le Marabout « Laisse moi partir, je t’en prie. Non répondait invariablement le Marabout, sois raisonnable, tu serais tué à coup sûr si je te laissais partir ».

Un jour enfin, le Marabout réveilla sans bruit mon aïeul. C’était le petit matin. « C’est fini pour nous, dit-il, la bataille est perdue. Vos enfants sont arrivés par la mer. Je te rends ta liberté. Voici mon meilleur cheval et mon manteau de Marabout. Il te protégera d’une attaque des nôtres. Pars, pars vite et ne m’oublie pas car je t’ai sauvé la vie.

« Je ne t’oublierais jamais » et l’aïeul s’éloignant au grand galop. Traversant à toute allure le pays dévasté par la guerre, qu’heureusement il connaissait bien, il arriva enfin à Dellys.

Lorsqu’il franchit le seuil de sa maison ce fut une immense joie, une intense émotion, si intense, que le cœur du petit Louis, son unique fils, ne le supporta pas.

Papa, papa, tu es revenu…et il mourut de joie dans les bras de son père épouvanté.

A quelque temps de là, mon ancêtre apprit que la révolte ayant été écrasée,   le Marabout avait été jeté en prison avec plusieurs chefs de la rébellion et qu’ils allaient tous être fusillés. Il demanda audience à l’Amiral de G., Gouverneur Général de l’Algérie, qui se trouvait à Dellys.

« Monsieur le Gouverneur, je viens vous demander  la grâce de mon ami, le Marabout B., qui m’a sauvé la vie. Il expliqua les circonstances. « Faites venir les prisonniers », commanda le Gouverneur. Ils étaient une dizaine. Lorsque mon aïeul aperçut le Marabout, il se jeta dans ses bras, et ils s’étreignirent longuement. Lui déployant le manteau du Marabout, qu’il tenait plié sur son bras, il lui en couvrit les épaules.

« A la demande de Monsieur A. et au nom de la France, je vous fais grâce, Marabout B., car vous avez mis la générosité et l’amitié plutôt que la vengeance et la mort. Et j’accorde aussi la grâce à tous vos compagnons. »

La paix revint dans le pays pendant de longues années. L’église fut reconstruite. On sema à nouveau du blé, on replanta les oranges et les oliviers et l’amitié du Marabout et de Luis A. dura pendant toute leur vie.

J’aime beaucoup entendre ma grand-mère raconter cette histoire dans les réunions de famille, car elle prouve qu’il peut y avoir de si belles choses dans le cœur de chacun d’entre nous.

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Mardi 30 janvier 2007 2 30 /01 /2007 21:42

En juin 2001, nous sommes partis en famille pour un périple de cinq semaines à travers le Togo, le Burkina Faso, le Mali et le Bénin. Le but principal était d’aller visiter deux enfants que nous parrainons depuis plusieurs années.

La préparation du voyage a duré plus de six mois. Mon père se préoccupait de la préparation de la voiture, une « 4L », qu’il avait renforcé pour endurer l’état des pistes. Ma mère a longuement préparé les valises et l’itinéraire. Elle avait fait des réserves alimentaires afin de nous maintenir en bonne santé disait-elle. Je n’avais que 8 ans à l’époque de ce voyage, ma petite sœur Naïmé 5 ans et Estelle 17 ans. Maman n’était pas inquiète mais prévoyante car elle connaissait les difficultés à s’approvisionner loin des grandes villes.

Les repas en Afrique nous ont laissé des souvenirs impérissables, heureux et malheureux. Nous sommes passés dans des villages où la sécheresse sévissait depuis plusieurs mois. La seule nourriture était constituée de baies sauvages, de graines sauvages mélangées à du beurre de karité en attendant les prochaines pluies pour de futures récoltes. Aussi nous cherchions souvent à nous isoler pour prendre nos repas, souvent frugaux, car il nous était impossible de ne pas partager.

Un matin nous avions cherché longuement un endroit en brousse pour le petit-déjeuner. Nous nous levions tôt vers 5 h 30, pour faire une partie du trajet avant  que le soleil nous assomme. Ma petite sœur et moi terminions souvent notre nuit dans la voiture le ventre vide. Quel bonheur quand enfin la 4L s’arrêtait. Cela signifiait qu’on allait manger. Je repense particulièrement à un de ces petits-déjeuners qui m’a appris quelque chose que je n’oublierais jamais.

La voiture s’était arrêtée dans un endroit que nous pensions relativement désert, loin de toute présence humaine. Ma mère a  chauffé de l’eau pour le café soluble et le lait quand nous avons vu s’approcher dans notre direction deux silhouettes. Il s’agissait d’une femme et un jeune enfant. Elles sont venus jusqu’à nous, se sont assises face à nous silencieusement. Elles n’ont rien demandé. Alors maman, a remis de l’eau à chauffer et a rempli deux autres bols et leur a tendu un morceau de pain, soigneusement conservé dans un sac plastique. Nous avons tous mangé, et il ne nous serait pas venu à l’idée de nous plaindre du manque de fraîcheur du pain qui avait quatre jours. Un instant presque religieux ce partage ; puis la femme s’est levée et s’est éloignée. Nous étions un peu surpris ou peut-être inquiets de rester avec cet enfant, ne connaissant pas l’intention de la maman. Pensait-elle nous la laisser pour une vie meilleure ? Proposition qui nous avait déjà été faite, dans un village Togolais. Non il n’en était rien. La maman est revenue avec des arachides cueillies dans son champ. Nous étions très touchés, émus aux larmes.

Alors maman a mis quelques morceaux de sucre dans un petit sac plastique et a enveloppé un morceau de savon, si rare en brousse et si apprécié. On ne s’était rien dit, ou si peu, parce qu’on ne parlait pas la même langue mais aussi parce que les mots n’étaient pas nécessaires. Cet échange a été d’une grande richesse.

Une grande leçon de partage. Je n’oublierai jamais leurs regards, les échanges et la sagesse de la petite fille. Nous avons tous quelque chose à partager.

La valeur du cadeau n’a pas d’importance, c’est l’amour qui le porte qui l’est.

En Afrique de l’Ouest, nous avons souvent vu des gens très pauvres donner ou partager avec personnes pauvres aussi. La notion de partage et de solidarité est très importante.

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Vendredi 2 février 2007 5 02 /02 /2007 22:06

Aux rideaux des fenêtres

Alors que chaque matin, je passe rapidement à pied devant « sa » maison, pour prendre le bus de l’école, j’aperçois le fin rideau blanc qui s’entrouvre. Elle l’attache avec une pince à linge et son visage ridé me regarde passer. Je n’ai pas le temps de voir si elle me sourie ou peut-être que je ne prends le temps de regarder ce visage. Je ne prends pas le temps de tourner la tête vers elle pour la saluer alors que je sais pertinemment qu’elle restera seule toute cette journéegrise d’automne et que mon passage, le passage de tous ces enfants qui partent faire leur journée d’école, c’est peut-être la seule distraction de sa journée.

 

 

Et le soir quand je rentre de l’école, je vois bien que le rideau s’est à nouveau entrouvert, mais je fais la même chose que le matin.

 

L’autocar démarre, rempli de sa cargaison d’enfants bruyants et rieurs, je prends place à côté de mon petit frère et nous passons devant « sa maison », doucement le rideau se ferme, elle sait que nous sommes partis faire notre journée, elle pense à son enfance, quand elle allait à l’école, qu’elle revenait en marchant avec ses amies, de ses rires, de ses fous rires.

 

Aujourd’hui, sortie piscine, l’autocar nous attend déjà devant le collège et nous montons plus sagement  que ce matin. Le professeur fait l’appel et le bus démarre. Le nez collé à la vitre, je commence à regarder machinalement les fenêtres des maisons, et les rideaux de ces fenêtres pour m’apercevoir qu’il y a souvent assis derrière, une personne âgée, une personne handicapée ou même un enfant. Les passants tournent parfois la tête et saluent gentiment, ce qui provoque mon grand étonnement, un gentil sourire qui éclaire tout à coup le visage de cette personne qui ne peut sortir et profiter de la vie, assise à sa fenêtre, elle s’ouvre à la vie et montre à sa manière qu’elle veut continuer à prendre part à l’existence des autres.

 

Quand le temps le permet, la fenêtre s’ouvre et c’est parfois une voisine qui s’arrête et discute gentiment.

 

J’ai un peu l’impression que mon cœur s’ouvre lui aussi et je commence à comprendre qu’il est en fait simple de donner, rien qu’un sourire, rien qu’un regard d’enfant rieur pour changer la couleur d’une journée.

 

La journée est finie, et le bus de l’école nous dépose à l’arrêt.

 

Mon petit frère est rentré avant, il termine souvent plutôt. Je marche doucement sur le trottoir, mais je traverse avant pour pouvoir passer devant « sa » maison. Le rideau est levé, elle est là ! A partir de ce jour, rien ne pourra m’empêcher de tourner la tête vers elle pour la saluer, de lui sourire et de recommencer chaque jour. J’arrive à la maison le cœur léger, plein de devoirs pour le lendemain mais avec l’impression d’avoir fait un grand pas, je me sens bien.

 

Mon frère me demande les raisons de cette joie, et je lui raconte que je n’osais jamais dire bonjour à la voisine car elle me faisait un peu peur et aujourd’hui, je l’ai fais et que cela m’a rendu heureux de la voir me sourire et me faire un petit signe de la main. Il m’explique alors que, depuis le début de l’année qu’il prend le car pour aller au collège (il est en 6ème), il dit bonjour à la voisine uniquement quand il est seul. Avec moi, il n’osait pas. Demain nous serons deux.

 

Lisez mon histoire, et attardez vous parfois à regarder aux fenêtres des maisons, à voir les rideaux bouger, à voir que la solitude des gens n’est pas inéluctable, non ils ne vous surveillent pas, mais cherchent simplement un peu de réconfort dans un monde qui devient trop indifférent.

Et demain nous serons des milliers!

 

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Samedi 3 février 2007 6 03 /02 /2007 22:46

Quand je me promenais il m’arrivait d’aller dans la campagne et dans les forêts. C’était en Tchétchénie. Mais une fois, je me suis perdue. J’étais toute seule et j’avais très peur. J’ai rencontré une jeune fille que je ne connaissais pas. Elle non plus ne savait plus où elle était. A cause de la guerre, il n’y avait pas de pancartes et il y avait aussi parfois des soldats qui se cachaient. C’est pour cela que j’avais peur.

Nous nous sommes parlées, nous cherchions toutes les deux à rentrer chez nous. Tout à coup nous avons entendu du bruit mais nous n’avons rien vu. Nous avons d’abord cru que c’était un animal, puis nous avons été terrifiées car il s’agissait de deux personnes armées.  

 

Heureusement, Aminat, la jeune fille rencontrée connaissait le plus jeune. Il lui a indiqué la direction à prendre pour retourner à la ville. Mais j’avais beaucoup marché, et croyant prendre la bonne direction, je m’étais éloignée de chez moi. Aussi, j’avais très peur de ne pouvoir, seule, retrouver mon chemin. Aminat a alors accepté de me raccompagner chez moi. Ensuite seulement, elle est rentrée chez elle.

Elle a été très gentille, car ce n’était pas facile de marcher ainsi des heures dans une campagne sans lumière peuplée d’hommes armées et de bruits terrifiants. Chaque seconde nous pouvions mourir. Des avions auraient pu surgir à n’importe quel moment et lâcher des bombes.

Aminat a été très courageuse.

Je suis rentée chez moi saine et sauve grâce à elle et je ne sais pas ce qui serait arrivé si elle n’avait pas été là.

 

 

 

 

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Dimanche 4 février 2007 7 04 /02 /2007 16:10

C’était un jour pluvieux, pendant les grandes vacances. Ma grand-mère Rose était sortie faire quelques courses. Depuis quelque temps, elle m’autorisait à rester seule dans l’appartement. J’aimais bien l’attendre sagement, regardant des émissions qu’elle ne me laissait pas voir d’habitude, ou fouillant pour retrouver mes jeux de petits chevaux ou de dames. Après ses habituelles recommandations : « ne pas décrocher le téléphone » ou « ne pas ouvrir la porte », je suis montée à l’étage à la recherche de ma boîte de jeux préférée. Comme d’habitude, elle était trop haute pour moi, mais un tabouret ferait l’affaire.  En soulevant la boîte, quelque chose est tombé par terre. Je suis descendue de mon trône et j’ai ramassé ce bout de papier abîmé. C’était une ancienne photo, jaunie par le temps, de ma grand-mère posant à côté d’un petit garçon de huit ou neuf ans, fièrement assis sur un vélo.

Qui était-ce ? Ma grand-mère n’avait eu qu’une fille… Soudain, tout m’est revenu :

Quand j’avais cinq ans, alors que Mamie faisait la sieste sur le canapé, je me suis approchée doucement d’elle, et je lui ai glissé à l’oreille :

«Tu dors, Mamie ?

-Mhh…plus maintenant.

-Ah, super, j’ai une question à te poser.

-Vas-y, je t ‘écoute ma chérie.

-C’est quoi le truc le plus-plus mieux que tu aies fait dans ta vie ?

-Le quoi ?

-Mais tu sais, Mamie, un truc comme adopter un petit chat, ou aider Maman à faire la cuisine, un truc trop bien quoi ! »

J’ai vu ses sourcils se froncer, puis elle a déclaré :

« Le truc le plus-plus mieux que j’aie fait, comme tu dis, c’est d’avoir secouru un petit garçon juif pendant la Seconde Guerre Mondiale. Un jour, alors que ta maman n’était pas encore née, une jeune femme juive est venue frapper à notre porte et nous a suppliés de garder son petit garçon le temps de la guerre. Elle savait que les soldats allemands ne tarderaient pas à venir la chercher, mais elle refusait qu’on prenne son fils avec.

Elle nous a fait promettre de nous en occuper comme de notre propre enfant, elle a assuré que la guerre finie, elle reviendrait le chercher. Et elle est partie.

De ce petit garçon nous ne connaissions que le nom, Conrad, et son âge, sept ans, et pourtant nous l’aimions déjà. Pendant ces années de guerre, c’est moi qui lui fis la classe, car il devait rester caché, mais nous faisions souvent des balades dans le bois voisin, à la recherche de mûres ou de fraises sauvages. Nous lui avons appris à faire du vélo. Il a toujours su que nous n’étions pas ses vrais parents et que sa mère avait été enlevée par les Allemands, mais qu’elle reviendrait, pour l’aimer encore plus fort.

Puis la guerre s’est arrêtée. Nous avions gagné. Alors que ton grand-père et moi n’avions plus aucun espoir de revoir la mère de Conrad, lui si. Il l’a attendue pendant plusieurs mois. Il avait alors douze ans, était devenu grand, beau et fort. Un jour, elle est revenue.

Elle avait maigri, avec le teint pâle et des rides précoces, mais aussi le sourire, après tant d’années dans les camps.

Sans argent et sans lieu où aller, que faire ? Nous les avons hébergés une ou deux années. Deux années où nous avons agrandi notre famille, deux merveilleuses années. Puis ils sont partis tous les deux, heureux. Nous avons gardé de très bons contacts. La mère de Conrad est décédée, mais lui vit en Autriche avec sa femme et ses deux enfants. Voilà, je crois que c’est ça, le truc le plus-plus mieux que j’aie fait. 

-Ouah, alors ça, c’est vraiment génial ! T’es une super mamie chérie ! »

Je suis revenue à moi, à ce jour pluvieux, avec la photo dans les mains. Ils avaient vraiment l’air heureux. Les yeux embués de larmes, j’ai rangé la photo, ma boîte de jeux, et je suis descendue me passer le visage sous l’eau, avant que Mamie ne revienne…

 

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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Lundi 5 février 2007 1 05 /02 /2007 13:41

J’étais en Italie à Rome pour un week-end avec ma famille qui est constituée de ma mère, mon père et mon petit frère. Mon frère qui à l’époque était âgé de 6 ans n’était pas très motivé par la découverte de la capitale de l’Italie. Tout ce qui l’intéressait, c’était la perspective d’avoir des cadeaux à cette occasion !

Ma mère avait préparé comme à son habitude un programme de visites assez chargé. Nous avions commencé par visiter le Colisée. Impressionnant. On pouvait facilement s’imaginer 2000 ans en arrière. Et immense. J’avais l’impression que je ne pourrais jamais en faire le tour ! Mon frère, lui, n’avait pas arrêté de nous pousser à courir comme s’il était pressé de finir la visite. En fait, il avait repéré à l’entrée des vendeurs de babioles et Monsieur mon petit frère voulait son souvenir. Il choisit une statue d’un conducteur de char. Moi, j’avoue que je craquais pour une reproduction d’Aphrodite en plâtre telle que Botticelli l’a peinte dans son célèbre tableau représentant sa naissance.

 

Lors de la visite du Forum, du Panthéon puis à la Fontaine de Trévise, où dit-on il faut jeter une pièce pour être sûr de revenir à Rome, ce fut la même histoire. A chaque visite, mon frère réclamait quelque chose. Soit une glace, soit un jouet… L’aspect positif de la chose est que moi aussi j’avais droit à plein de cadeaux. Comme quoi, les caprices de mon frère n’étaient pas complètement inutiles !

Le deuxième et dernier jour de notre séjour à Rome était au Vatican. Mon petit frère avait obtenu d’avoir de l’argent avant de commencer la visite pour s’acheter une épée de plastique de garde suisse quand nous repartirons. Mes parents m’avaient donné à moi aussi de l’argent, mais je ne savais pas encore comment j’allais le dépenser. Nous faisions la queue pour aller voir la chapelle Sixtine. Nous étions entourés de gens de tous les pays qui parlaient toutes sortes de langues, comme si le monde entier s’était donné rendez-vous ici. Pendant cette longue attente, j’observais les alentours. Il y avait énormément de mendiants qui semblaient très malades. Certains étaient sans jambes, d’autres avec un bras ou une main en moins. Dans mes vêtements de marque, je me sentais très mal.

D’un seul coup, mon petit frère se retourna et commença à courir de toute vitesse comme un galop. Inquiète, je me mis à courir après lui tandis que nos parents nous criaient de revenir. C’est alors que je le vis donner son trésor à une très vieille dame assise par terre qui tendait la main et que nous avions croisé quelques minutes plus tôt. Elle était d’une maigreur à faire peur mais elle eut une étincelle dans les yeux quand mon frère lui remit son argent. Je fus si touchée de voir mon petit frère agir de la sorte que je ne pensais même pas à faire comme lui. J’ai compris qu’il n’était pas si égoïste que ça et que ce n’est pas parce qu’on est un petit enfant qu’on ne comprend pas la dureté de la vie. On la voit avec moins de gravité, c’est sûr, mais elle est présente.

Si c’est ce geste de générosité qui m’est venu en mémoire quand j’ai réfléchi à ce thème, c’est parce que c’est lui qui m’a le plus émue. Il m’arrive à moi aussi de donner de l’argent à des mendiants et j’ai déjà vu beaucoup de personnes le faire, mais que ce soit mon petit frère adoré qui le fasse alors qu’il est si jeune et si égoïste en apparence m’a profondément touchée.

Je ne lui en ai jamais reparlé, mais depuis je le vois différemment.

Par Philippe Rodet - Publié dans : Témoignages
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