Appel à Témoignages

En juin 2001, nous sommes partis en famille pour un périple de cinq semaines à travers le Togo, le Burkina Faso, le Mali et le Bénin. Le but principal était d’aller visiter deux enfants que nous parrainons depuis plusieurs années.

La préparation du voyage a duré plus de six mois. Mon père se préoccupait de la préparation de la voiture, une « 4L », qu’il avait renforcé pour endurer l’état des pistes. Ma mère a longuement préparé les valises et l’itinéraire. Elle avait fait des réserves alimentaires afin de nous maintenir en bonne santé disait-elle. Je n’avais que 8 ans à l’époque de ce voyage, ma petite sœur Naïmé 5 ans et Estelle 17 ans. Maman n’était pas inquiète mais prévoyante car elle connaissait les difficultés à s’approvisionner loin des grandes villes.

Les repas en Afrique nous ont laissé des souvenirs impérissables, heureux et malheureux. Nous sommes passés dans des villages où la sécheresse sévissait depuis plusieurs mois. La seule nourriture était constituée de baies sauvages, de graines sauvages mélangées à du beurre de karité en attendant les prochaines pluies pour de futures récoltes. Aussi nous cherchions souvent à nous isoler pour prendre nos repas, souvent frugaux, car il nous était impossible de ne pas partager.

Un matin nous avions cherché longuement un endroit en brousse pour le petit-déjeuner. Nous nous levions tôt vers 5 h 30, pour faire une partie du trajet avant  que le soleil nous assomme. Ma petite sœur et moi terminions souvent notre nuit dans la voiture le ventre vide. Quel bonheur quand enfin la 4L s’arrêtait. Cela signifiait qu’on allait manger. Je repense particulièrement à un de ces petits-déjeuners qui m’a appris quelque chose que je n’oublierais jamais.

La voiture s’était arrêtée dans un endroit que nous pensions relativement désert, loin de toute présence humaine. Ma mère a  chauffé de l’eau pour le café soluble et le lait quand nous avons vu s’approcher dans notre direction deux silhouettes. Il s’agissait d’une femme et un jeune enfant. Elles sont venus jusqu’à nous, se sont assises face à nous silencieusement. Elles n’ont rien demandé. Alors maman, a remis de l’eau à chauffer et a rempli deux autres bols et leur a tendu un morceau de pain, soigneusement conservé dans un sac plastique. Nous avons tous mangé, et il ne nous serait pas venu à l’idée de nous plaindre du manque de fraîcheur du pain qui avait quatre jours. Un instant presque religieux ce partage ; puis la femme s’est levée et s’est éloignée. Nous étions un peu surpris ou peut-être inquiets de rester avec cet enfant, ne connaissant pas l’intention de la maman. Pensait-elle nous la laisser pour une vie meilleure ? Proposition qui nous avait déjà été faite, dans un village Togolais. Non il n’en était rien. La maman est revenue avec des arachides cueillies dans son champ. Nous étions très touchés, émus aux larmes.

Alors maman a mis quelques morceaux de sucre dans un petit sac plastique et a enveloppé un morceau de savon, si rare en brousse et si apprécié. On ne s’était rien dit, ou si peu, parce qu’on ne parlait pas la même langue mais aussi parce que les mots n’étaient pas nécessaires. Cet échange a été d’une grande richesse.

Une grande leçon de partage. Je n’oublierai jamais leurs regards, les échanges et la sagesse de la petite fille. Nous avons tous quelque chose à partager.

La valeur du cadeau n’a pas d’importance, c’est l’amour qui le porte qui l’est.

En Afrique de l’Ouest, nous avons souvent vu des gens très pauvres donner ou partager avec personnes pauvres aussi. La notion de partage et de solidarité est très importante.

Mar 30 jan 2007 Aucun commentaire